Deux décennies au service de la promotion des femmes

Série Journée internationale des femmes – Quand elle avait 27 ans, Hélène Fueger a été propulsée « Préposée aux questions féminines » à l’Université de Fribourg. Seule dans son bureau, elle a commencé à toucher du doigt la délicate question de la promotion de l’égalité. En 2006, elle coordonne un projet européen sur le mentorat et rejoint l’EPFL en 2015 en tant que déléguée à l’égalité. Portrait.

« Adolescente, je me suis identifiée aux mouvements féministes, mais sans vraiment rejoindre une association. À cette époque, les difficultés que je percevais étaient moins suscitées par ma condition de femme que par ma condition familiale très modeste. Au gymnase, je ressentais le syndrome de l’imposteur, avec le sentiment de ne pas être à ma place. Du coup, le mouvement féministe a résonné en moi comme une autorisation qui me donnait le droit de faire ce dont j’avais envie. Cela a été très libératoire. »

Et c’est investie de cette toute nouvelle légitimité, qu’Hélène Fueger traverse ses années d’études sans encombre. De sa maturité scientifique à Saint-Gall, elle a gardé son petit accent, elle a ensuite choisi sciences politiques à l’Université de Lausanne. En 1996, la pression politique commence à peser sur les institutions, qui établissent un cadre légal pour promouvoir l’égalité. Fraîchement diplômée, Hélène Fueger est engagée à l’Université de Fribourg comme « préposée aux questions féminines ».

Helène Fueger, en bas à gauche, au Gymnase cantonal de Saint Gall, en 1988

Petit bureau, grand cahier des charges

« C’était un problème nouveau, il fallait faire quelque chose et pour le résoudre, l’Université avait créé ce bureau. Mon sentiment était parfois que si elle l’avait pu, l’Université aurait enfermé le problème dans ce même bureau, qui se situait, il faut bien le dire, presque au sous-sol. Mon cahier des charges était extraordinairement complet, énorme ! En fait, c’était un cahier des charges pour l’institution tout entière. Je n’avais qu’un 50%, car l’autre moitié du poste avait été dévoré par le train d’économies. J’étais jeune, je me suis dit, je ne suis pas payée pour me plaindre, je suis payée pour travailler. »

Hélène Fueger a donc débuté ses années « d’expérience », comme elle dit, en se confrontant à la réalité institutionnelle, acceptant la lenteur des changements et accomplissant des petits miracles grâce à son calme olympien et sa détermination. « Je ne pense pas que j’avais des rêves, mais surtout une grande curiosité. Je trouvais que c’était un poste hyper intéressant, car sa position assez particulière me permettait de comprendre comment fonctionnait l’institution, et de détecter ce qui la ferait avancer. »

Carte postale créée par une classe de graphistes pour les 10 ans du bureau de l’égalité de l’UNIFR

Programme européen de mentorat

Au fil des ans, sa fonction évolue, son bureau se peuple et ses idées se concrétisent. Petit bout de femme, Hélène Fueger s’attaque pourtant à des tâches titanesques. Des crèches voient le jour, elle planche sur la création d’un programme d’étude « genre ». Deux programmes, « WINS » (Women in Science and Technology) et un programme de mentorat créé en 2000 – notamment avec le concours de l’EPFL -, qui sont toujours actifs aujourd’hui. Elle participe même pendant plusieurs années aux procédures de recrutement professoral dans deux facultés.

En 2006, Hélène Fueger est la première personne à l’Université de Fribourg à coordonner un projet européen. « Nous avions mis en place un réseau avec d’autres universités pour développer nos programmes de mentorat et publié deux livres sur cette thématique. »

En 2015, après 18 années bien remplies, Hélène Fueger quitte son bureau et Fribourg avec la satisfaction de compter 24% de femmes professeures, alors qu’elles étaient moins de 4% à son arrivée.

© 2021 EPFL Alain Herzog/ Hélène Fueger participe à l’écriture de deux livres sur le mentorat

« À l’EPFL, j’ai senti cette envie de faire avancer les choses »

« C’est Farnaz Moser, qui dirigeait à cette époque le bureau de l’égalité des chances à l’EPFL, qui m’a proposé de postuler. Nous nous connaissions pour avoir collaboré sur plusieurs projets régionaux et j’avais notamment accueilli le programme « Internet pour les filles » à Fribourg.»

Dès son arrivée à l’EPFL, Hélène Fueger est ravie de constater qu’elle ne fera pas « cavalière seule ». Sous la houlette de Kristin Becker van Slooten, qui avait initié le Comité de pilotage égalité, elle peut aussi compter sur son assistante Chantal Mellier.

Au-delà du plaisir de travailler en équipe, elle est enthousiasmée par l’engagement et le dynamisme des personnes qu’elle rencontre. « Peut-être parce que nombre d’entre elles avaient transité par le système américain ? En tous les cas, j’ai croisé beaucoup de professeures et professeurs très engagés. J’ai pu rencontrer rapidement tous les doyens et doyennes, dont Gisou Van der Goot et Maryline Andersen. J’ai senti un réel intérêt, une envie de faire avancer les choses. Cela m’a impressionnée. »

Ce dynamisme n’a pas fléchi, bien au contraire. Depuis 2015, Hélène Fueger a contribué au développement et à la concrétisation d’une politique institutionnelle d’égalité des chances dans le recrutement des femmes professeures, de séminaires sur l’égalité, appuyés par des témoignages filmés sur les biais implicites. « Près de 40% des professeurs ont suivi les séminaires. Je trouve ça énorme, d’autant que ces séminaires étaient facultatifs sauf pour les responsables des commissions de recrutement. »

À l’occasion des 50 ans de l’EPFL, les portraits de 50 femmes scientifiques ont été affichés sur les bâtiments du campus. Aujourd’hui, ces affiches sont exposées au Musée Historique de Lausanne. « Je suis très fière d’avoir participé à un tel projet, » conclue-t-elle avec beaucoup de modestie.

© 2019 EPFL Alain Herzog
© 2019 EPFL Alain Herzog

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