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«J’ai vu la rue se mettre à vomir une eau boueuse»

Malgré l’importance de l’événement, il a fallu que les habitants du quartier prennent eux-mêmes en charge la communication pour que les informations sortent au grand jour et racontent en images ce qui se passait. Celles diffusées ce vendredi, dès les premières heures de la matinée, sur les réseaux sociaux ne sont pas banales.

On y voit une subite montée des eaux, inondant, dans les grandes largeurs, parkings souterrains, allées d’immeubles et chaussées à ciel ouvert. Un quartier entier sinistré, à Lancy, dans le périmètre étendu qui part du 15-17, chemin des Pontets, longeant le parc de la Pralie, où les chiens, «même tenus en laisse», sont interdits, où «le silence est de rigueur» de 22h à 8h. La vraie vie est toujours plus imprévisible.

C’est une canalisation qui a rompu, une grosse, au diamètre généreux (400 mm), au point que, avant le lever du jour, vers 6 h 15, il y avait jusqu’à 20 cm d’eau sur la rue. La flotte qui bouillonnait a aussitôt rempli les garages, les cages d’ascenseur et tout ce qui fait bassin de rétention.

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Pour les habitants, la mauvaise surprise a commencé lorsqu’ils descendaient de chez eux pour aller prendre leur véhicule en sous-sol. Mais aussi au bout du robinet domestique. Car cet incident majuscule a mis à mal la distribution d’eau potable de nombreux ménages.

Combien? Difficile à estimer précisément, au plus fort de l’intervention, en raison du maillage du réseau, indiquent les Services industriels, affairés sur plusieurs fronts impactés, notamment la baisse de pression, qui a pu être corrigée vers 7 h 15. Plus tard dans la matinée, la porte-parole des SIG, Isabelle Dupont-Zampérini, indiquait que «570 ménages à Lancy sont privés d’eau dans le secteur sinistré.»

La suite est besogneuse. Un pompier, une allée: l’équation est assez simple, le déploiement autrement plus gourmand en personnel. Donc, sur place, depuis l’aube, 20 pompiers professionnels et 30 pompiers volontaires; différentes compagnies ont dépêché du monde, les communes voisines viennent en renfort, informe le porte-parole du SIS, Nicolas Millot.

Pour voir des camions rouges encolonnés, des chasubles et des plantons aux ronds-points, c’est ce vendredi qu’il fallait monter à Lancy. Une vingtaine de véhicules sur la zone, ainsi qu’un poste de commandement, rue du Bachet, pour assurer la coordination fine de ce pompage XXL, qui a occupé les secouristes durant de longues heures. Il est trop tôt, au seuil du week-end, pour chiffrer les dégâts, mais ils promettent d’être très importants. «Cela va coûter des blindes», notent les équipes à pied d’œuvre.

En deuxième ligne, les nettoyeurs spécialisés. Ils savent mieux que personne le prix de ces chantiers à rallonge, lorsqu’il s’agit de déshumidifier des surfaces entières. Les poches d’eau résiduelle sont pires à traquer que les fumées.

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On ignore aussi le nombre élevé de véhicules privés qui se sont retrouvés les châssis, les moteurs et les roues au contact de ces nappes souterraines, qui n’ont cessé de grossir pendant plus d’une heure. Du temps s’est en effet écoulé jusqu’au moment où, vers 8 h, la bonne vanne a été identifiée.

«L’électricité, coupée pour des raisons de sécurité, a pu être rétablie assez rapidement, poursuit la porte-parole des SIG. En parallèle, nous avons acheminé des fontaines à eau pour soulager les locataires touchés. À 15 h, la remise en service était générale.» Sur place, en milieu d’après-midi, des engins de chantier s’activent aux abords de la chaussée éventrée.

Une fouille impressionnante comme le segment incriminé, sorti de terre, à la manière d’un obus explosé de la Grande Guerre. La pièce en fonte est moins vieille, elle date de 1965. Sa sœur cadette a lâché, elle, en 2016, non loin de là, sur l’avenue Eugène-Lance, se souviennent les voisins qui défilent dans la boulangerie, située pile en face du sinistre. On demande à la gérante si sa clientèle du jour a été pénalisée.

Au contraire, «j’ai vu défiler beaucoup de monde aujourd’hui. C’est une bonne journée de travail pour moi. Je suis arrivée à 6 h 30, la chaussée vomissait ses graviers, c’était très impressionnant, mais l’eau s’est arrêtée sur le trottoir, sans toucher mon enseigne ni celles de mes voisins.»

Au rez-de-chaussée du même immeuble, restaurateur et coiffeuse du quartier n’ont aucun dégât à signaler. Sinon, eux aussi, des images à échanger, montrant les pompiers bottés au travail. Les volontaires recrutent, annonce l’affiche croisée en partant. Avec ce slogan: «Passez à l’action». C’est fait.

Créé: 01.11.2019, 19h26

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