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La bataille des télécoms en Suisse se joue mercredi

Économie : La bataille des télécoms en Suisse se joue mercredi |

Comme toute bataille boursière qui se respecte, celle entourant depuis huit mois le rachat par Sunrise du principal «câblo-opérateur» du pays – le terme sonne terriblement années 90 – vire à la série Netflix. Les complets gris se font bateleurs, les experts deviennent influenceurs, les autorités s’en mêlent, des «révélations» fuitent dans la presse.

Au final, les gros bonnets feront la loi, mercredi, lorsque les actionnaires du numéro deux helvétique de la téléphonie mobile devront entériner une décision cruciale pour son avenir… et celui des télécommunications en Suisse.

C’est arrivé chez vous

Loin des conseils d’administration, la bataille vise en effet le contrôle de chaque appartement du pays. Le pari de Sunrise? Les 18 000 km de câbles patiemment tissés il y a trente ans vers tous les immeubles – afin d’y faire arriver une trentaine de chaînes TV, le must à l’époque – ont encore de la valeur. La jeune génération ne regarde plus la télé, mais l’opérateur se fait fort d’y pousser jusqu’à 2,5 gigaoctets par seconde d’internet haut débit, afin de répondre à la fibre optique déployée par Swisscom à marche forcée. Une chance unique, aux yeux de ses dirigeants, pour doubler leur clientèle en faisant de leurs forfaits internet-TV-téléphone une véritable option de rechange à ceux du géant historique.

Sunrise et UPC proposent déjà de tels packs, mais sont forcés de louer au prix fort les tuyaux de l’ex-régie publique. En basculant sur ceux d’UPC, Sunrise espère pouvoir économiser très vite 30 millions par an et, à terme, près de 150 millions; crucial au regard du 1,2 milliard de profits d’exploitation combinés des deux sociétés. L’autorité fédérale de la concurrence, la Comco, ne s’y est pas trompée en donnant sa bénédiction à un éventuel numéro deux capable d’offrir «un rapport prix-qualité avantageux».

Bataille des chiffres

Des considérations nationales dont n’a que faire le principal copropriétaire de Sunrise, son homologue allemand Freenet. Ce dernier, qui verrouille un quart du capital, refuse de contribuer au rachat d’UPC Cablecom en participant à l’appel de fonds des 2,8 milliards de francs nécessaires. Il n’en aurait pas les moyens. Problème, il ne veut pas davantage vendre ses parts dans un opérateur helvétique qui lui rapporte 50 millions par an. Blocage donc, alors que le ton monte entre les deux «associés». Lundi dernier, Christoph Vilanek, le patron de Freenet, assurait sur le fil de l’agence AWP que «les actionnaires existants perdraient de l’argent» dans cette aventure.

La guerre des chiffres fait rage. Freenet jure-t-il que ce câblo-opérateur en perte de vitesse est trop cher payé? Sunrise réplique il y a un mois avec un «rapport d’équité» d’un cabinet munichois indépendant qui indique que le prix de 6,3 milliards demandé pour UPC est «juste». La semaine dernière les analystes de la banque Vontobel estimaient même que «la valeur économique d’UPC dépasse de loin le prix payé».

Freenet critique-t-il les lourds emprunts contractés pour payer UPC – en raison précisément… de son refus de mettre au pot? La direction de l’opérateur suisse dévoile un plan de remboursement drastique, mais qui nécessitera pendant un temps de payer une partie de leurs dividendes sous forme d’actions, ce que ne goûte que peu son principal actionnaire. «Et puis pourquoi ne pas profiter de cette époque où un Swisscom emprunte avec zéro intérêt pour se lancer à crédit dans un tel pari?» lance pourtant un analyste genevois.

La semaine dernière, c’était au tour du propriétaire actuel d’UPC de s’en mêler. La multinationale américaine Liberty Global se dit prête à mettre un demi-milliard dans l’aventure aux côtés de Sunrise, en reprenant les titres des actionnaires ne souhaitant pas suivre. De quoi attiser les rumeurs: cet effort de dernière minute du vendeur ne montre-t-il pas qu’il est prêt à tout pour se débarrasser de son vieux réseau suisse, surtout au prix proposé par Sunrise?

La participation sera décisive

Alors que la date du vote se rapproche, les agences chargées de passer ces affirmations au crible – afin de pouvoir conseiller les banques et les caisses de pensions sur l’attitude à adopter mercredi – ont donné leur recommandation. Ethos, Glass Lewis, Inrate et zRating ont appuyé le projet, tandis qu’ISS l’a jugé douteux. La bataille des chiffres atteint ses limites. Qui peut certifier les économies qu’aura réalisées l’ensemble Sunrise-UPC dans cinq ans? Ou le nombre de ménages qu’il aura convaincu de quitter Swisscom?

À trois jours du vote, il s’agit surtout de savoir faire une addition. Car la seule chose qui comptera mercredi sera le nombre de voix en faveur de ce pari – il faut 50% pour l’emporter. Mark Diethlem, l’expert de Vontobel, répète que l’issue de l’AG apparaît «trop serrée» pour un quelconque pronostic.

Durant des mois, le patron de Sunrise, Olaf Swantee, et son équipe ont sillonné l’Europe afin de convaincre plus de 200 sociétés financières de les suivre dans son projet. Face à eux, le camp du non – Freenet mais aussi les «activistes» allemands d’Active Ownership Capital et les financiers de Axxion, récemment sortis du bois – pèse environ 30% de l’électorat, selon l’agence Reuters.

Comme dans une élection, le véritable arbitre sera le taux d’abstention. Lors de la dernière AG régulière de Sunrise, 62% des actionnaires s’étaient rendus aux urnes, une mobilisation limitée qui permettrait aux rebelles de l’emporter mercredi. Reste que le scrutin à venir n’a rien d’ordinaire. Il décidera du destin de Sunrise et pourrait motiver bien davantage les «électeurs».

Créé: 20.10.2019, 18h00

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