La FER Genève informe – FER Genève

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Blaise Matthey, Directeur général

La deuxième vague de la pandémie est là. Ce n’est pas une surprise. Lorsqu’il s’est agi de sortir progressivement du semi-confinement d’avril à mai, les autorités sanitaires n’avaient pas caché qu’elle viendrait. Elle surprend néanmoins par son ampleur. Chacun avait l’espoir que l’automne ne serait pas la reproduction du printemps. Il faut déchanter, même s’il y a des différences majeures. Personne ne sait vraiment combien de gens ont été infectés au printemps. On manquait de tests, autant que de masques et de liquide de désinfection. Les traitements ont depuis progressé. La situation risque malheureusement de devenir aussi grave qu’il y a quelques mois.

La question du confinement revient donc sur la table. Tout le monde s’accorde à dire qu’il ne doit pas être identique à celui de mars-avril, sans toutefois expliquer concrètement comment cela doit se traduire. Chaque expert y va de sa nuance sur la durée, sur le cercle concerné et sur le type d’activité visé. On peine à s’y retrouver et, dans ces conditions, on ne sera pas surpris que la Confédération soit appelée à la rescousse. Il faut néanmoins saluer le fait qu’un confinement absolu et illimité n’est soutenu par personne. Depuis des mois, les efforts consentis pour maintenir à flot les emplois et l’économie ont généré des dépenses publiques sans précédent. Ils ont permis de conserver jusqu’à présent l’essentiel de l’appareil de production, ce qui est fondamental dans la perspective d’une reprise. Les récentes propositions d’ajustements de ces mesures, en particulier pour les secteurs du tourisme, de l’événementiel et des transports, sont à relever et à inscrire dans cette perspective d’ensemble qu’il ne faut pas ruiner. En outre, si l’on reproduit le même type de fermeture qu’en mars, une baisse généralisée du moral de la population s’ajoutera à la dégringolade économique.

L’exercice d’équilibriste auquel sont contraintes nos autorités mérite de la compréhension et de la tolérance. Il n’exclut pas la critique, l’exigence et la collaboration. Les organisations professionnelles et économiques l’ont montré ces derniers mois. Mais le tâtonnement est inévitable lorsque les éléments scientifiques font encore largement défaut, hormis ceux qui ont permis d’établir les mesures de précaution qu’il revient à chacun d’appliquer sérieusement. On peut crier au complot liberticide et déclarer haut et fort assumer les risques de la maladie pour soi-même sans se soucier des autres, il n’en demeure pas moins que personne ne peut prétendre avoir une solution toute faite pour sortir de la crise.

Les libertés sont à mon sens en bien plus grand danger lorsque l’un des pouvoirs veut juger sans recul l’action ou l’inaction de l’autre, comme cela semble être le cas en France ou comme certains le souhaitent en Suisse. Qui osera encore assumer des risques s’il a la garantie, quoi qu’il fasse ou ne fasse pas, d’être condamné par ceux qui n’auront fait qu’assister au spectacle sans avoir ni écrit ni joué la moindre ligne de la pièce?

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