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La libra est moins décriée en Suisse qu’ailleurs

Économie : La libra est moins décriée en Suisse qu'ailleurs |

Sous le feu nourri des critiques de milieux politiques et financiers, notamment aux États-Unis et en Europe, la future monnaie numérique libra semble faire moins de remous en Suisse. Des experts voient les attaques comme un signe que le projet dérange l’ordre établi, au-delà des craintes légitimes qu’il peut susciter.

«Il y a beaucoup de méconnaissance au sujet du projet libra», lancé par Facebook à travers sa filiale Calibra et l’Association libra basée à Genève, déclare à AWP Arnaud Grobet, associé d’Emakina Group, qui a basé dans la Cité de Calvin un pôle de compétences blockchain.

«Il faut voir d’abord la libra comme un moyen de paiement en ligne et d’échanges et non une monnaie qui fera concurrence à celles des banques centrales, puisque sa valeur sera adossée à un panier de devises traditionnelles, dit-il. Le tout est de contrôler ce qui doit l’être, en trouvant un équilibre entre la nécessité d’avancer dans la révolution numérique et la régulation.»

Le projet libra, estime Grobet, a peut-être été annoncé trop tôt, la société en général n’étant pas encore prête à faire face à la rapidité des changements technologiques. «Les oppositions, en provenance des États-Unis, de l’Union européenne ou de milieux financiers traditionnels, peuvent être interprétés comme un moyen de gagner du temps», estime-t-il.

Mais la libra – que pourront potentiellement utiliser plus de 2,5 milliards d’utilisateurs de la galaxie Facebook – ne pourra pas être interdite, du moins en Suisse, estime l’expert. L’enjeu est plutôt de savoir comment la Finma (le gendarme financier suisse) et les autres instances de régulation à l’étranger vont la classifier et quelles seront les exigences liées, en termes de surveillance. En sachant que la classification du projet peut changer en fonction de son évolution.

Pesée d’intérêts

Le professeur d’économie bâlois Aleksander Berentsen, expert de la blockchain, va dans le même sens. «Le franc ou l’euro ne doivent pas craindre la libra», déclare-t-il. Les critiques sont selon lui d’abord dues au fait que les banques centrales et les autorités de régulation sont généralement très conservatrices. «En outre, imprimer de l’argent rapporte beaucoup.»

Les réticences portent, officiellement, sur les risques de blanchiment ou de financement du terrorisme que ferait peser la nouvelle monnaie dématérialisée. La Finma a déjà fait savoir que la portée du projet rendra indispensable une coordination à l’échelle internationale. Elle assure ses arrières, dans une optique a priori plutôt ouverte et neutre.

La libra peut constituer à la fois une chance et un risque pour la Suisse. Aux yeux de Grobet, le pays est «très bien placé en termes de nouvelles technologies financières. De nombreuses banques, y compris à Genève, ont pris conscience aujourd’hui des nouveaux enjeux» et des moyens de participer à l’élan général de l’écosystème crypto.

En même temps, la libra représente une menace potentielle pour la réputation de la place financière suisse, «au cas où elle devrait capoter», estime le professeur Berentsen. En tous les cas, Facebook contribue à faire bouger les lignes au sein d’un système financier global lui aussi très critiqué, ajoute Grobet.

Ce dernier insiste cependant sur la nécessité de réguler le projet, qui a l’avantage, précise-t-il, d’être en «open source» (ouvert) et disponible sur toutes les plateformes associées, donc pas spécifiquement sur Facebook.

Le directeur de l’Association libra, Bertrand Perez, et le père du projet, David Marcus, ont assuré que les initiateurs ne veulent pas concurrencer le système financier existant ni mener une propre «politique monétaire».

Pour cette raison notamment, la libra n’a du reste pas que des amis du côté de la cryptosphère elle-même, qui voit dans le bitcoin par exemple un projet beaucoup plus «disruptif». (ats/nxp)

Créé: 11.10.2019, 10h48

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