La pandémie laisse de marbre le système des retraites

La pandémie pèse sur le porte-monnaie d’une partie de la population et sur les comptes publics. Mais le système des retraites reste lui très stable. L’AVS et la prévoyance professionnelle ne sont pratiquement pas impactés, du moins à court terme.

La Suisse a franchi cette semaine la barre des 9000 décès dus au Covid. La plupart des disparus étaient des retraités, dont l’âge médian est de 85 ans. Au-delà du malheur, ce sont autant de rentes qu’il ne faudra plus verser. Le journal Schweiz am Wochenende a récemment estimé à un milliard de francs les économies que cette surmortalité engendrerait pour la caisse AVS.

Pour l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS), il est trop tôt pour effectuer une projection concrète des effets de cette surmortalité. « Etant donné que l’AVS dépense environ 50 milliards de francs chaque année, les rentes non payées suite aux décès prématurés de plusieurs personnes de plus de 65 ans durant la pandémie ne représentent qu’une somme insignifiante et trop faible pour avoir un impact sur les finances de l’AVS », affirme à la RTS la porte-parole de l’OFAS Sabrina Gasser.

Pour le vice-président d’Unia aussi, ces rentes non versées relèvent du marginal: « Ce n’est pas cela qui va sauver l’AVS », souligne Aldo Ferrari.

Même son de cloche du côté du deuxième pilier: « Pour les gens qui sont concernés par le Covid, ce n’est de loin pas un épiphénomène. Mais d’un point de vue statistique, on peut imaginer que oui », souligne Jean-Rémy Roulet, président de l’Association suisse des institutions de prévoyance (ASIP).

Cotisations prélevée à 100%

Voilà pour les dépenses. Mais quel est l’impact de la pandémie sur les recettes? On pourrait craindre une baisse en raison du recourt massif aux RHT et APG. Mais pas du tout. A court terme, l’impact sera quasi nul, avance Jean-Rémy Roulet: « Il n’y a pas de perte de cotisation, même pour les personnes en RHT. Parce que la cotisation reste identique, aussi bien pour l’employeur que pour l’employé », note Jean-Rémy Roulet.

La RHT garantit et oblige en effet le salarié et l’employeur à verser les cotisations sociales sur le 100% de leur salaire, réduisant d’autant le revenu disponible pour les salariés. « Chaque mois qui passe, cela devient de plus en plus problématique, surtout pour les petits salaires, comme par exemple dans l’hôtellerie », déplore Aldo Ferrari.

Risque à moyen terme

Cette réduction de revenus pour les salariés permet néanmoins au système des retraites de rester étanche, du moins à court terme. « A moyen terme, si l’économie peine à se redresser, des problèmes pourront surgir dans certains secteurs, comme la restauration, l’hôtellerie ou les transports. A ce moment-là, il y aura un impact pour les caisses de pension », prévient Jean-Rémy Roulet le président de l’ASIP.

Pour les deux experts, aussi solide soit-il, le système des retraites doit être réformé. Et la pandémie n’a rien enlevé à l’urgence d’une modification. Malgré une surmortalité momentanée due au Covid, l’allongement de l’espérance de vie devrait se poursuivre et la population continuer de vieillir.

Pascal Jeannerat et Feriel Mestiri

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