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La révolte kurde prend la rue

Genève : La révolte kurde prend la rue |

«Solution politique pour le Kurdistan!» «Erdogan terroriste!» Tels sont les slogans qui ont résonné samedi après-midi dans les rue de Genève, lors d’une manifestation de solidarité avec le Rojava, cette région du nord de la Syrie où la population kurde s’est dotée ces dernières années d’une organisation autonome – un embryon d’État pour un peuple qui en est jusqu’à aujourd’hui dépourvu – avant d’être visée, depuis le 9 octobre, par une intervention militaire turque. Un défilé fort de plusieurs centaines de personnes a sillonné la ville cet après-midi, de Chantepoulet à la place des Nations.

«J’ai des contacts avec la communauté en France et en Allemagne et c’est la première fois que je vois une telle mobilisation de tous les Kurdes», témoigne Bayram Bozkurt, Kurde établi en Suisse depuis trois décennies, galeriste et cafetier à la Jonction. Et de poursuivre: «C’est aussi la première fois que je ressens à notre égard des témoignages de sympathie, comme j’en reçois quotidiennement de mes clients qui me demandent comment faire pour nous aider. Nous sommes 40 millions, éparpillés dans quatre pays. Il nous faut un État, sans quoi jamais nous ne pourrons négocier, mais cet État naîtra d’une guerre que les Kurdes devront mener seuls, avec la solidarité du monde.»

Sanctions exigées

La manifestation a eu lieu alors qu’un cessez-le-feu à durée limitée vient d’être instauré à la suite d’une négociation américano-turque. Taxé de terroriste par les participants au défilé genevois, le président turc Recep Tayyip Erdogan a de son côté menacé, lors d’un discours prononcé samedi en Anatolie, de continuer dès la fin du cessez-le-feu mardi «à écraser les têtes des terroristes», c’est-à-dire les combattants kurdes dont il veut obtenir un éloignement de la frontière syro-turque.

La trêve ne serait que partiellement respectée, à entendre plusieurs participants au défilé qui relaient aussi de graves accusations quant à de potentielles utilisations par l’armée turque d’armements prohibés tels que le phosphore blanc, un agent incendiaire.

Plusieurs personnalités genevoises de gauche ont assisté au rassemblement, à l’image de la conseillère nationale Laurence Fehlmann-Rielle ou du conseiller administratif Rémy Pagani. Co-président de l’intergroupe parlementaire «Relations avec le peuple kurde», le conseiller national Carlo Sommaruga est intervenu en jugeant trop timorée la réaction de la diplomatie suisse face aux événements. «Il faut qu’il y ait des sanctions», a réclamé le socialiste. Pour lui, l’accord de libre-échange helvético-turc doit être suspendu; des interdictions de séjour et des saisies de fonds doivent en outre viser les responsables turcs.

Un peuple «poignardé dans le dos»

Au nom d’Ensemble à Gauche, le député Jean Burgermeister a réclamé le même type de mesures, l’interdiction d’exporter du matériel de guerre vers la Turquie et une «dénonciation claire de l’agression militaire sauvage du régime autoritaire d’Erdogan». «Le peuple kurde a été poignardé dans le dos, abandonné et se fait massacrer malgré toutes les promesses et malgré ses luttes menées pour le Rojava contre les islamo-fascistes de Daech,a poursuivi le conseiller municipal Vert Alfonso Gomez. Les conséquences, on les connaît: il y aura des massacres de civils et un retour des islamistes.»

L’organisation politique autonome des Kurdes du Rojava s’est attirée la sympathie de nombreuses mouvances en Europe pour ses ambitions environnementales et égalitaires. Le collectif genevois pour une grève féministe s’est lui aussi exprimé, disant sa solidarité avec ses «sœurs du Rojava», un «modèle pour le monde» aujourd’hui visé «par des terroristes». Des militants anarchistes ont aussi pris part au rassemblement.

Créé: 19.10.2019, 17h54

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