lautomne-indien-donne-des-couleurs-sublimes-au-vignoble

L’automne indien donne des couleurs sublimes au vignoble

Genève : L’automne indien donne des couleurs sublimes au vignoble |

D’habitude, on le fête dans les derniers jours de septembre en tombant la veste. Mais là, à mi-octobre, il vient de s’offrir un week-end prolongé à des températures inhabituellement élevées. Cet été qui abuse oblige à changer de vocabulaire. Il faudra désormais parler d’automne indien.

Ce lundi, en début d’après-midi, les plages éphémères au bord du Rhône sont peuplées de baigneurs et de baigneuses en caleçon de bain. Comme la veille aux Bains des Pâquis. Des gens dans l’eau par groupes de dix ou quinze nageurs, aux heures de midi, faisant le tour du phare, s’entraînant pour la prochaine Coupe de Noël, en se demandant si le lac sera assez froid pour l’accueillir cette année.

Et les couleurs de cet automne indien? Belles et douces un peu partout. Les feuilles, elles aussi, font de la résistance. Les gelées du matin, encore inexistantes, ne préparent pas exactement au repos végétatif. La vigne non plus n’est pas encore entrée en dormance.

Aux portes du Mandement, elle est même drôlement animée. Sur la rampe de Chouilly, les camions de pompiers des récentes nuits d’incendie ont cédé la place aux chars des vignerons. L’un d’eux, Daniel Sulliger, du proche domaine de la Clé de Sol, dirige ses équipes de coupeurs et de brantards. Douzième et dernier jour de vendanges, à arpenter sous le soleil les cinq hectares de l’exploitation familiale.

«Une seule journée de pluie cette année, les automnes sont magnifiques» résume le sonneur, jouant de son instrument, la trompe de chasse, trois fois par semaine. Ses mots chaleureux s’accordent à la météo: «La cuvée 2019 s’annonce bonne. Le sauvignon a déjà l’air d’être très aromatique; il est bien équilibré comme le sont aussi les rosés.» Et le chromatisme ambiant? «La couleur des feuilles dépend de la vigueur de la vigne, poursuit notre guide improvisé. Les feuilles du gamaret commencent à jaunir.»

Cela ne saute pas aux yeux. D’autant qu’une treille de chasselas, même si elle a reçu la grêle le 27 juillet, rajoute du vert tendre en bordure de chemin. La déclinaison est parfaite.

C’est plus contrasté sur la crête, à la sortie du village, en direction de Pessy. Ici, le cépage prend des allures presque tauromachiques. Le bord des feuilles semble rougir à vue. Dunkelfelder, il s’appelle, né du croisement entre une madeleine angevine et un teinturier du Cher. Son créateur, lui, était allemand.

Il devait apprécier la peinture de l’artiste norvégien Edvard Munch. Le coup de pinceau qui marque la vigne est d’un rouge très foncé, avec, selon la lumière, des reflets violets. Au couchant, d’une beauté à couper le souffle. Tôt le matin, l’œil est pareillement happé. On comprend pourquoi ce cépage affirmé peut être utile lorsqu’il s’agit d’apporter de la couleur aux vins déficitaires.

Nul déficit visuel, en revanche, dans cette sortie automnale, juste avant le retour annoncé de la pluie. Le spectacle est dans la campagne genevoise. Un vrai décor de Festspiel, accessible à tous et, lui, totalement gratuit. On pense à quoi? A rien. On contemple, bouche ouverte.

Créé: 14.10.2019, 20h21

Source

Partager sur vos réseaux sociaux :
Retour haut de page