Le parcours d’obstacles de Philipp Hildebrand à l’OCDE

L’ancien président de la Banque nationale suisse Philipp Hildebrand fait partie des quatre derniers candidats au poste de Secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), mais face à lui, les candidatures sont solides.

Sur son chemin, Philipp Hildebrand retrouve l’ex-commissaire européenne grecque Anna Diamantopoulou, l’ex-commissaire européenne suédoise Cecilia Malmstrom et l’ex-ministre des Finances australien Mathias Cormann.

Le président de la Confédération Guy Parmelin a félicité Philipp Hildebrand pour son passage dans le dernier tour de sélection. Le Conseil fédéral soutient la candidature du Bernois. Il faut dire que la Suisse, après avoir subi les fourches caudines des listes grises des paradis fiscaux de l’OCDE, verrait d’un bon oeil de placer l’un des siens à sa tête.

Quels obstacles sur la route du Suisse?

L’OCDE rassemble trente pays qui pèsent 75% du commerce mondial et qui partagent deux principes fondamentaux des sociétés occidentales: un gouvernement démocratique et une économie de marché. Deux qualités que la Suisse incarne, mais la situation géopolitique n’est pas forcément idéale. A l’OCDE se joue l’harmonisation fiscale ou les nouvelles règles d’imposition des GAFA. Ce dernier dossier est une source de friction entre Américains et Européens. Pas sûr que les grandes puissances donnent alors les clés de l’OCDE à un Suisse.

Le profil purement financier de Philipp Hildebrand, qui est actuellement vice-président du plus grand gérant d’actifs au monde BlackRock, détonne également. Tous les précédents secrétaires généraux, y compris l’actuel, le Mexicain Angel Gurria, ont été économistes, diplomates ou ministres. Philipp Hildebrand n’a occupé aucune de ces fonctions.

Un dernier obstacle encore: tous les secrétaires généraux ont pour l’instant été des hommes. A l’image de l’OMC, qui a élu pour la première fois une femme à sa tête, l’OCDE pourrait bien faire de même et retenir l’une des deux candidates en course, la Grecque Anna Diamantopoulou ou la Suédoise Cecilia Malmstrom.

Une élection jouée d’avance?

Cependant, elles non plus n’ont pas encore gagné. La vraie raison pour laquelle Philipp Hildebrand pourrait échouer serait que l’élection soit jouée d’avance. Le média d’informations européennes Euractiv en parlait lundi dernier.

Les candidats passent des entretiens auprès des Etats-membres, mais le doyen des ambassadeurs auprès de l’OCDE, qui préside le comité de sélection, donne son dernier mot.

Et ce doyen, l’ambassadeur britannique, est accusé par les travaillistes d’avoir promis le poste au candidat australien, à qui l’on reproche son soutien aux énergies fossiles. Les travaillistes ont écrit une lettre au Premier ministre britannique Boris Johnson pour qu’il ne soutienne pas l’Australien Mathias Cormann.

Entre la « carte femmes » que l’OCDE jouerait pour la première fois de son histoire et la polémique autour du candidat australien prétendument favori, le Suisse Philipp Hildebrand saura-t-il tirer son épingle du jeu ou sera-t-il une victime collatérale des manœuvres de coulisses?

Frédéric Mamaïs

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