Les multinationales pourraient-elles faire pression, après le coup d’Etat en Birmanie?

La communauté internationale a haussé le ton face aux militaires birmans, auteurs du coup d’Etat il y a quelques jours. Et alors que le Conseil des droits de l’homme de l’ONU se réunit vendredi, le levier pourrait être surtout économique dans ce pays qui regorge d’or, de cuivre et de pétrole.

Avec Aung San Suu Kyi, la Birmanie était redevenue fréquentable, attirant à la fois les multinationales asiatiques et occidentales. Cette nouvelle manne financière a certes profité au pays, aux Birmans, mais elle a surtout bénéficié à l’armée.

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De nombreuses sociétés étrangères traitent indirectement avec le Myanmar Economic Holdings (MEHL), un conglomérat contrôlé par l’armée birmane et le général Hlaing, à la tête du coup d’Etat. « Ces entreprises internationales contribuent à financer l’armée du Myanmar, qui tirent d’énormes dividendes du MEHL », explique Danièle Gosteli Hauser, responsable économie et droits humains chez Amnesty International, jeudi dans La Matinale.

Les multinationales sous pression

Avec le putsch, qui s’ajoute à la crise des Rohingyas, les multinationales sont sous pression pour se retirer du pays. « LafargeHolcim a décidé de liquider sa filiale au Myanmar. Il y a un levier pour ces larges multinationales, mais il ne faut pas oublier qu’il y a pléthore d’entreprises intéressées par ce pays qui regorge de matières premières », ajoute Danièle Gosteli Hauser.

Selon elle, ces sociétés « doivent faire ce devoir de diligence et éviter d’être impliquées dans des collaborations avec des entreprises liées aux militaires ». 

« Coup dur à l’économie »

Se retirer serait donc un instrument de taille, une sanction directe pour le pouvoir, mais qui ne serait pas sans conséquences. « Il est certain qu’un retrait de ces investisseurs porterait un coup très dur à l’économie birmane. Et les Birmans seraient les premiers à en souffrir », analyse Françoise Nicolas, docteure en économie et directrice du centre Asie à l’Institut français des relations internationales

Le départ des entreprises étrangères risquerait également de précipiter encore un peu plus le pays dans les bras de la Chine, qui n’a pas critiqué le coup d’Etat militaire.

Céline Tzaud/vajo

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