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Les sujets sociétaux écrasent le politique

Genève : Les sujets sociétaux écrasent le politique |

Cette année, les producteurs de la traditionnelle revue n’ont eu qu’à se baisser pour ramasser les gros sujets. Pierre Maudet, primus inter pares, est omniprésent pour son chapelet de déboires (lire ci-dessous). Il est aussi entouré par Guillaume Barazzone, Esther Alder ou Rémy Pagani, les trois conseillers administratifs qui se sont faits le plus taper sur les doigts dans l’affaire des notes de frais.

Les autres? Épargnés. Quitte à le regretter: «parlez de moi en bien ou mal mais, s’il vous plaît, parlez de moi!» Cette phrase est courante dans les milieux politiques. Les animateurs de ce spectacle le savent. «Nous nous sommes concentrés sur ceux qui ont fauté. Ceux qui ne figurent pas dans nos sketchs peuvent se consoler: ils n’ont rien à se reprocher», résume Laurent Nicolet, coproducteur de La Revue avec Antony Mettler. C’est la revanche des lisses. Reste à savoir si le peuple des électeurs ne réclame tout de même pas un zeste de relief auprès des magistrats qu’ils choisissent.

Les gilets jaunes s’invitent

En revanche, les Français sont tournés en dérision. «Travailler en France? C’est un métier qui se perd», lance le comédien – excellent au demeurant – Pierre Aucaigne. Le trait est appuyé, grossier. Les auteurs usent jusqu’à la corde des quolibets antifrontaliers dégorgés au Café du Commerce. En abusent, parfois. L’humour s’approche de la ligne jaune. La racaille n’a qu’à bien se tenir. Les beaufs sont avertis. À côté des gilets jaunes représentés dans le spectacle, les crétins des Alpes feraient figure d’intellectuels. Quant au maire d’Annemasse, il aurait peine à se reconnaître dans ce petit bonhomme coiffé d’un béret, arrivant en retard à l’inauguration du Léman Express, le LEX en abrégé. Et, au lieu d’une paire de ciseaux, il sort d’abord un tire-bouchon pour couper le ruban.

Les auteurs ont décidé de laisser la finesse au vestiaire. De tirer au bazooka. Les répliques sentent fort le reblochon. Mais, après tout, n’est-ce pas le propre d’un spectacle comique. «Nous sommes tous deux binationaux», tiennent à préciser les deux producteurs, qui estiment simplement faire écho à ce que pensent au quotidien les Genevois, énervés par les plaques 74 ou 01. Peu de partis politiques sont écornés, mis à part le PLR et ses bringues internes. Sans les frasques des politiques, la part des édiles serait à coup sûr devenue plus congrue.

«Les verts vides»

Ce sont avant tout les sujets de société qui ont été mis en scène, dont un sketch hilarant sur «la famille Bio». Là, ce sont les militants jusqu’auboutistes qui sont moqués. «Ils nous font ch… les verts. Surtout quand ils sont vides», lâche une vieille Genevoise assistant au barbecue familial.

Les producteurs et les auteurs ont été bien servis par une année rythmée par de grosses manifs. Grève des femmes du 14 juin, Pride romande, opérations coup de poing au nom de la défense de l’environnement. Dans ces cas, les comédiens se donnent à cœur joie. Et le public, ravi, rit. «Sur 60 à 80 sketchs, nous en retenons au final 25», résume Antony Mettler.

Ces thèmes sociétaux ont aussi naturellement une dimension politique. Mais elle est plus large que celle de la pure «politique politicienne» où, hormis un cercle d’initiés, le spectateur lambda n’y trouverait pas matière à se tordre de rire.

Jean Ziegler et les abeilles

Les auteurs ont aussi choisi de sortir du placard des vieilles gloires de la politique, comme l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin, déguisé en monstrueux pénis aux boules pendantes, Eveline Widmer-Schlumpf ou encore Christoph Blocher.

Sans omettre Jean Ziegler. Avec Roger Federer, c’est l’un des Suisses les plus connus. Et, dans un des derniers tableaux de la Revue, il s’inquiète désormais pour les abeilles qui meurent chaque seconde. Toujours revendicatif mais également goguenard, il promet un nouveau livre qui s’intitulerait «moins de riches, plus de ruches!» Les auteurs ont donc misé sur les recettes qui fonctionnent. «C’est difficile pour des raisons artistiques et techniques, mais nous allons peut-être ajouter des éléments d’actualité dans de prochains spectacles», glisse un Antony Mettler fatigué mais soulagé, après que le rideau est tombé sur la Première.

Créé: 12.10.2019, 15h51

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