Les ventes de vélos atteignent un record de 2,3 milliards de francs

Le chiffre d’affaires de la bicyclette en Suisse a dépassé pour la première fois les 2 milliards de francs. Mais les fabricants de vélos peinent à suivre cette demande inédite. En raison d’une pénurie de plusieurs composants, les délais s’allongent et les prix augmentent.

« J’attendais cette livraison depuis longtemps », affirme Jérôme Steimer, le codirecteur de WattWrld. Ce fabricant genevois de vélos électriques vient de recevoir, avec près de 3 mois de retard, des pièces indispensables pour la fabrication des vélos.

« Actuellement, il manque à peu près de tout: pneus, dérailleurs, freins… Des livraisons qui n’avaient jamais posé de problème auparavant », déplore-t-il à la RTS.

Celui qui lui fournit une partie de ces pièces est le japonais Shimano, leader des composants de vélo, avec une part mondiale estimée à 65%. Ses carnets de commandes débordent et la production peine à suivre l’engouement mondial pour la petite reine depuis le début de la crise du Covid. « Pour ce type de freins, il faut 16 mois d’attente. Ce cadre, 4 mois. Et pour certains types de pédales, il est même impossible de se faire livrer », détaille Jérôme Steimer.

Son occupation principale, depuis plusieurs mois, est de parvenir à trouver des solutions de rechange. Mais comme tous les fabricants de vélos, les délais s’allongent. De nouveaux modèles prévus en janvier ne pourront sortir que cet été, si tout va bien.

Outre les retards, ces pénuries ont aussi des conséquences sur les prix, que beaucoup de fournisseurs ont gonflés. « Aujourd’hui, on achète les composants entre 10 et 20% plus chers qu’à l’accoutumée », précise le fabricant.

Explosion des prix du transport

L’une des explications de cette hausse est l’explosion des prix du transport maritime. En une année, le prix d’un container a quadruplé. Les vélos et composants venant principalement d’Asie, la tendance est générale et n’est pas prêtr de se résorber.

L’autre facteur est une sans précédent pour le vélo. « En 2020, le chiffre d’affaires de la branche du vélo en Suisse va avoisiner les 2,3 milliards de francs », affirme le directeur de velosuisse. C’est surtout le vélo électrique qui tire les ventes vers le haut.

Répercuté sur le client

La forte demande associée à cette période de « goulot d’étranglement » se répercute évidemment chez les détaillants. Chez e-Bike shop à Morges (VD), on a fait des précommandes pour avoir du stock. Mais seule une partie a été reçue. La livraison de certains modèles, en rupture de stock, est repoussée de semaine en semaine, voire de mois en mois.

Certains clients, qui ont commandé leur vélo à l’automne 2020, ne sont pas encore à l’abri de mauvaise surprise: « Ma cliente devait recevoir son vélo en janvier. On a repoussé à février. Aujourd’hui, il a fallu la recontacter une 2ème fois pour lui dire que ce sera en avril. Et j’espère que ce sera avril », lance Anne Bolle, la fondatrice du magasin.

Mais il y a pire. Les fournisseurs répercutent directement la hausse du prix des transports sur le prix du vélo. Certains modèles ont ainsi renchéri de 200 à 300 francs depuis le moment de la commande. « Le client, il faut non seulement lui annoncer un délai supplémentaire, mais aussi une hausse du prix de son vélo », soupire Anne Bolle. Ces problèmes touchent autant les vélos électriques que traditionnels.

L’après-Covid

L’engouement pour la mobilité douce survivra-t-elle à l’après-Covid? Le directeur de e-Bike shop Christophe Robin en est convaincu: « Cela va continuer, notamment grâce au vélo électrique, qui remplace pour beaucoup de gens la deuxième voiture. Il y a aussi un changement des mentalités, avec une volonté de moins consommer. Les vélos électriques sont des énergies plus propres. »

Dans l’immédiat, les acheteurs devront faire preuve de souplesse, sur la marque ou la couleur de la petite reine qu’ils souhaitent acquérir.

Feriel Mestiri et Nicolas Rossé

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