« L’oxygène doit devenir un service pour tous »

Afin de mieux traiter la pneumonie, première cause de mortalité infantile en Afrique subsaharienne, le projet GlobalO2, basé à l’EPFL, vient de recevoir un financement de 1,6 millions de dollars sur deux ans de Unitaid, une agence de santé mondiale hébergée par l’Organisation Mondiale de la Santé. Cette recherche à cheval entre le campus d’Ecublens et le Kenya, vise à développer un concentrateur à oxygène résistant aux conditions climatiques de l’Afrique subsaharienne et assurer son déploiement de façon durable.

La pneumonie est la première cause de mortalité infantile en Afrique subsaharienne avec près de 500 mille décès par an. Les traitements adéquats font souvent défaut. Un des éléments essentiels à la prise en charge, l’oxygène, est souvent inaccessible en dehors des grands centres urbains en raison de machines inadaptées aux conditions climatiques et logistiques locales. Le projet Global 02, récemment financé à hauteur de 1,6 million de dollars sur deux ans par Unitaid, agence de santé mondiale hébergée parl’OMS, vise à pallier ce problème.

La pneumonie cause 500’000 décès
d’enfants par an en Afrique subsaharienne

Il est des rencontres semblables à une destinée. Bernard Olayo, un médecin kenyan fondateur du Centre pour la santé publique et le développement, ONG basée à Nairobi, donnait une présentation durant une grande conférence autour de la pneumonie à New York en 2018, lorsqu’il croit reconnaitre dans l’audience l’un de ses professeurs d’université au Kenya. Intrigué, il aborde le protagoniste qui n’est autre que Klaus Schönenberger, directeur du Centre EssentialTech à l’EPFL qui vise au développement de la technologie dans un but humanitaire, et … fils du dit professeur. Il a fallu ensuite quelques années de discussion et de recherche de fonds pour qu’un véritable programme de recherche puisse démarrer.

« L’objectif est de mettre au point un dispositif entièrement fiable même confronté à la chaleur, l’humidité, la poussière et les fréquentes coupures d’électricités ainsi que d’assurer la logistique et former le personnel local », précise Gene Saxon, responsable du projet à l’EPFL. Le financement permettra d’investiguer sur les deux continents : la technologie sera développée sur le campus, alors que le Centre pour la santé publique et le développement, piloté par Bernard Olayo, assurera la distribution, la formation du personnel soignant et l’entretien des appareils au Kenya. « L’objectif est que l’oxygène devienne un service pour tous pour un coût modique et que le personnel soignant n’ait plus à se préoccuper de dénicher un ingénieur à plusieurs heures de route pour réparer un appareil défectueux ou attendre avec inquiétude que le courant revienne », souligne ce dernier.

L’oxygène médical peut être fourni sous forme de bonbonnes ou de concentrateurs. Cette seconde solution, qui permet de produire le précieux gaz grâce à l’air ambiant, a été privilégiée en raison de son moindre coût. Des recherches ont démarré dans deux laboratoires de l’EPFL afin d’adapter ces concentrateurs aux conditions climatiques et logistiques kenyanes : le Laboratoire des systèmes électriques distribués (DESL) de Mario Paolone, et le Laboratoire pour les matériaux fonctionnels inorganiques (LFIM) de Wendy Queen. Les trois principaux impératifs sont une résistance à l’humidité et à la chaleur, un fonctionnement en dépit d’un courant de mauvaise qualité et intermittent, et une maintenance réduite au strict minimum.

Avec son ONG, Bernard Olayo travaille à améliorer
l’accès à l’oxygène médical en Afrique.© 2021 Hewatele

Parallèlement, Bernard Olayo et son ONG oeuvrent en Afrique à améliorer l’accès à l’oxygène. « Nous essayons d’établir un réseau d’oxygène fiable avec une vingtaine d’hôpitaux de campagne. Si nous parvenons à démontrer en 2021 que c’est possible, nous allons ensuite tenter d’élargir nos opérations à d’avantage de régions ». Le Covid complique la progression, mais d’un autre côté souligne encore davantage l’importance de l’oxygène », note Bernard Olayo.

« Ce projet ne sera pas terminé dans deux ans mais nous espérons que nous aurons démontré que notre nouvelle solution est efficace, fiable et abordable dans le contexte Africain. », note Gene Saxon.

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