Marcin Kroczak sur les traces de son bisaïeul, déporté en Sibérie

En première année de Bachelor en systèmes de communication, l’étudiant d’origine polonaise espère faire cet été un « voyage extraordinaire ».

C’est une affiche insolite au gymnase de Nyon qui a happé l’an dernier Marcin Kroczak. Elle propose un concours pour gagner un « voyage extraordinaire », financé par la Fondation Lombard Odier. La destination est celle que les candidats choisissent, construisent, justifient, défendent. Marcin, fou de ski et de kitesurf, hésite sur le but à présenter. Finalement, la vague de son histoire personnelle l’emporte : il envisage de combler les trous du récit familial en allant sur les lieux où est mort son arrière-grand-père, déporté de Pologne en Sibérie occidentale par les Soviétiques au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. Séduit, le jury de la Fondation lui a accordé une bourse de 5500 francs l’été dernier.

Marcin Kroczak, en première année de Bachelor en systèmes d’information. ©DR

L’étudiant de 19 ans, en première année de Bachelor en système de communication, espère accomplir son « voyage extraordinaire » cet été. « Cela reste encore très abstrait pour moi », admet le Suisso-polonais qui a commencé à apprendre le russe et listé les livres qui l’accompagneront dans le transsibérien. Les pistes enneigées, le lac, les études et les incertitudes liées à la pandémie le tiennent encore éloigné de ces deux mois de périple. Il n’existe encore que sur le papier. « C’est difficile de se plonger dans cette histoire terrible quand on vit confortablement au bord du lac, ajoute-t-il. Ce sera vraiment sur place qu’elle prendra corps. »

Mettre un point final

Elevé entre les deux cultures, Marcin a longtemps été « le Polonais » en Suisse et le « Szwajcar » en Pologne. « Pas toujours facile à assumer », il en a fait un atout, trouvant ses racines au fil des séjours en Pologne et de sa découverte du monde. Mais dans les récits des ancêtres, et en particulier des sœurs de son grand-père restées en Pologne, il reste un chapitre incomplet : celui de son bisaïeul, emmené sous les yeux de sa femme et de ses enfants – le grand-père de Marcin a alors 3 ans – vers les camps de travail soviétiques et dont il n’est jamais revenu. « Un homme respectable, enseignant à l’école primaire, impliqué au sein de l’AK (armée qui s’est battue pour la libération et l’indépendance de la Pologne) (…) bon et aimant, déporté par un régime totalitaire à cause de ses convictions politiques », résume le jeune homme dans son dossier de candidature. « Refaire le cheminement de mon arrière-grand-père et me rendre à l’endroit de sa mort seraient comme placer un point final à cette partie des chroniques familiales. »

L’étudiant n’est cependant pas dupe. Derrière sa volonté de compléter une histoire familiale inachevée, c’est sa propre histoire qu’il va rédiger. Voyager seul, de surcroit en Sibérie, constitue pour lui une confrontation inédite avec lui-même, dont les enjeux sont énormes : « Apprendre à vivre avec soi-même, seul, mais en bonne compagnie, est le premier pas pour mener une vie heureuse. »

Planifier un peu, mais pas trop

Loin de l’EPFL, son école sera d’abord celle de la patience, au cours des centaines d’heures de train qui l’emmèneront de Suisse romande à Rej, près de 5000km plus loin, à l’est de l’Oural. Ce sera aussi celle de l’incertitude, avec des portes laissées volontairement ouvertes. Si son itinéraire jusqu’à son point de chute est bien tracé – Wroclaw et Tomaszòw Lubelski en Pologne, puis Moscou, Iekaterinbourg et finalement Rej –, celui du retour est sujet à plusieurs variantes. Marcin envisage tant le retour direct à la maison, un crochet par Pékin que tout autre voie encore imprévisible à ce stade qui dépendra d’une multitude de variables. « Voyager est un périple qu’on ne peut pas planifier », reconnaît-il. Encore plus avec le COVID-19…

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