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Que faire de Cointrin? Candidats sur le gril

Genève : Que faire de Cointrin? Candidats sur le gril |

Après Béatrice Hirsch et Carlo Sommaruga, c’est au tour des trois autres candidats au Conseil des États Lisa Mazzone (Verts), Hugues Hiltpold (PLR) et Céline Amaudruz (UDC) de confronter leurs points de vue. Nous leur avons demandé leur avis sur deux thèmes clés: l’environnement, avec en ligne de mire l’aéroport, et les demandes genevoises de subventions pour les infrastructures de transport cantonales.

Les résultats du 10 octobre sont assez clairs, la droite est en difficulté. Que s’est-il passé? Et que faire?

Hugues Hiltpold (H.H.):

Ce qui s’est passé est assez simple: la droite s’est démobilisée alors que l’électorat de gauche faisait l’inverse. Il faut maintenant redresser la barre. Pour cela, nous devons faire comprendre que si l’on veut que la droite soit représentée au Conseil des États, il faut que son électorat se mobilise afin que l’ensemble des Genevois y soit représenté. C’est-à-dire qu’on ait un élu de droite et un élu de gauche.

Céline Amaudruz (C.A.):

Si rien ne se passe, la gauche occupera tous les sièges aux États, alors qu’elle ne représente pas la majorité des électeurs à Genève. Qui plus est avec les deux personnes les plus à gauche du parlement fédéral. Vu l’effondrement de l’Entente, c’est la première fois que l’UDC a une chance de passer. Pour mon électorat, il aurait été incompréhensible que je ne sois pas candidate.

Lisa Mazzone (L.M.) :

Évidemment, rien n’est acquis avant le verdict final. C’est pour cela qu’il nous semble essentiel, à Carlo Sommaruga et à moi-même, d’aller à la rencontre de la population et de porter le message de mobilisation pour le second tour. Genève tire la Suisse en avant en matières sociale et environnementale et c’est ce que nous voulons continuer de représenter. Les nuisances liées à l’aéroport de Cointrin sont critiquées. L’infrastructure elle-même est sous pression. En tant qu’élus nationaux, que dire aux habitants?

H.H.:

L’aéroport est un élément clé de la Genève internationale. Il est important pour le tourisme et l’économie. Donner le pouvoir au législatif, comme le propose l’initiative populaire soumise en votation le 24 novembre, pour qu’il s’en mêle, est erroné. Mais il faut entendre aussi les préoccupations de la population, c’est pourquoi nous soutenons le contreprojet. La Commission fédérale des transports a demandé une étude sur les nuisances des aéroports suisses, on verra ce qu’elle propose. Je souligne quand même que ces critiques s’exercent alors que la fréquentation de Cointrin augmente, J’ai parfois l’impression d’assister à un débat schizophrénique: ceux-là mêmes qui veulent couper les ailes de l’aéroport continuent à prendre l’avion quand cela les arrange.

L.M.:

C’est la démonstration que renvoyer à la responsabilité individuelle ne suffit pas! Il faut prendre des options collectives et s’y tenir. L’aéroport est important. Mais pour Cointrin, il existe des solutions concrètes, qui passent par l’attractivité des liaisons ferroviaires et une fermeture après 23 heures, comme à Zurich. Il faut être capable de proposer des alternatives aux gens.

C.A.:

L’UDC est très centriste sur ce sujet… nous sommes très attentifs aux riverains sans oublier l’importance de l’aéroport pour Genève. En premier lieu, je dirais que je défendrai toujours la liberté du choix du mode de transport. L’État n’a pas à décider de notre mode de vie! Ensuite, les voyages, et donc potentiellement en avion, font partie des plaisirs et sont un besoin de la classe moyenne, étranglée par les taxes. Et on veut lui en rajouter une nouvelle qui va peut-être la priver de ses vacances! Et ce, alors qu’un délestage sans drame est possible: l’aéroport de Lyon, qui compte deux pistes, accueille 8 millions de passagers, nous 19 avec une seule piste. Il y a un équilibre à trouver. Mais que faire quand la loi fédérale impose à l’aéroport de répondre à la demande?

L.M.:

Analysons d’abord la demande. Le trafic aérien est dopé par l’exonération du kérosène et de la TVA sur les vols internationaux. La taxe qui vient d’être votée à Berne est le début d’une solution, elle est redistribuée à la population et crée un fonds d’innovation.

H.H.:

Il faut donner aux gens des alternatives en développant par exemple les trains de nuit. Pour le reste, il faut respecter la liberté de choix du mode de transport. Je compte réellement sur l’étude sur nos aéroports pour nous donner l’occasion de revoir les choses. Elle est réalisée avec les riverains.

C.A.:

Mais on ne va tout de même pas commencer à dire aux citoyens de ce pays ce qu’ils peuvent faire ou ne pas faire en matière de choix de leur mobilité et, de plus, comment et quand ils peuvent éventuellement le faire? Je refuse ces diktats! Soyons concrets. Soutenez-vous l’interdiction des vols intérieurs?

C.A.:

Mais c’est absurde. Que faire si vous travaillez tôt à Zurich? Partir la veille en train? S’il faut en plus prendre un hôtel, ce sera trop onéreux pour certains. Non. notre compagnie nationale doit assurer le transport entre les principaux aéroports.

L.M.:

Un grand nombre de vols vers Zurich pourraient être remplacés par le train, infiniment moins polluant. Au lieu de subventionner indirectement aujourd’hui le trafic aérien, aidons plutôt les gens à payer leur loyer et leurs assurances. Zéro émission carbone en 2050, hausse des taxes sur les carburants, c’est la solution au réchauffement voté aux États. Suffisant pour assurer la transition énergétique?

C.A.:

Pour l’UDC, le problème de cette solution, ce sont les taxes. La Suisse émet 0,11% des émissions mondiales. Il faut agir, mais sans culpabiliser les gens. La Suisse est exemplaire en matière d’environnement.

L.M.:

La solution des États ne permet pas de répondre aux objectifs du traité de Paris. Il faut offrir des perspectives crédibles aux générations futures face à l’urgence climatique.

H.H.:

Un objectif a été fixé, qui sera probablement validé par le Conseil national. Nous diminuerons de moitié nos émissions d’ici à 2030 et en totalité d’ici à 2050. L’UDC a annoncé un référendum, on verra. Si les Chambres nouvellement élues alourdissent les mesures et que le peuple refuse le projet, on aura perdu beaucoup de temps.


France: subvention des P+R en question

Genève a failli rater le coche des crédits versés pour le plan d’agglomération. On est mauvais ou Berne nous en veut?

C.A.:

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Les deux… Genève a finalement obtenu les crédits, mais il reste à obtenir les financements pour une partie de la troisième voie autoroutière. À cet égard, je relève quand même qu’alors que la droite soutient le développement du rail, la gauche refuse dogmatiquement tous les projets routiers. L’enjeu, c’est maintenant d’obtenir des financements pour la traversée du lac, voulue par 63% des Genevois; et cela aussi, c’est un projet que seule la droite soutient.

L.M.:

La droite ne soutient pas tant que ça la traversée du lac. Le conseiller d’État Serge Dal Busco a dit publiquement qu’il n’y croit pas. L’utilité même de ce projet est contestée à Berne et il faut entendre les critiques. En matière d’infrastructures, il faut miser sur le bon cheval, c’est-à-dire le développement du ferroviaire, qui reste à compléter malgré l’arrivée de l’excellent Léman Express. L’enjeu de Genève, c’est de créer un véritable réseau RER et de renforcer sa liaison ferroviaire avec la Suisse.

H.H.:

Genève a été bien servi par les trois premiers projets d’agglomération. Il faut maintenant préparer le quatrième, qui financera l’extension du tram vers Ferney et le développement du RER dans l’agglomération. J’observe que tant Lisa Mazzone que Carlo Sommaruga se sont opposés en 2017 à la création du fonds Forta, qui nous est précieux pour financer les projets d’agglomération. En ce qui concerne la traversée du lac, le crédit demandé à Berne sera analysé en fonction d’une grille coûts/bénéfices claire. Si ce n’est pas intéressant, il sera recalé. Mais pas question de lâcher en attendant.

Genève se plaint mais construit peu: 50% seulement des travaux prévus par le premier plan d’agglo, 2,5% pour le deuxième. Est-ce bien sérieux?

H.H.:

Entre le vote des crédits et les réalisations, les délais sont parfois très longs. Il y a des recours, mais aussi des problèmes de mise en œuvre.

L.M.:

Effectivement, notre crédibilité est en jeu. Il faut prouver à Berne que les fonds sont utilisés. La mise au quart d’heure de la liaison de La Plaine, le prochain projet, dépend par contre des CFF. Et c’est là qu’il faut faire pression à Berne.

C.A.:

Il y a une culture d’opposition à Genève, mais aussi un manque de volonté, d’autant plus étonnant que les taux sont très bas. Emprunter ne coûte rien en ce moment. C’est donc le moment d’agir pour construire des infrastructures pour les Genevois.

Faut-il financer les projets français permettant de limiter le trafic à Genève?

H.H.:

Aucun tabou! La mobilité est une problématique régionale. Le seul critère, c’est le financement de structures efficaces pour limiter le trafic en ville, par exemple des P+R à proximité. Financer ceux de Cluses ne me paraît en revanche pas très sensé.

C.A.:

Il n’est pas concevable actuellement de financer des projets de parking en France alors qu’on va peut-être en supprimer à Genève! Nous avons construit le Léman Express, qu’ils s’occupent des parkings et réservons notre argent aux infrastructures pour les habitants du canton. De plus, Genève a voté contre le financement des P+R en France, il faut respecter cet avis.

L.M.:

Mais c’est justement parce qu’on pense aux habitants qu’il faut financer des infrastructures régionales qui diminueront les nuisances. La construction d’un réseau RER dense passe par la France.

M.BN


Un siège Vert au Conseil fédéral?

Au vu de la progression des écologistes, ont-ils droit à une place au Conseil fédéral?

C.A.:

Attendons que l’Assemblée fédérale – le Conseil national et le Conseil des États – soit entièrement constituée pour en parler. Cela dit, l’UDC a toujours défendu la formule magique qui attribue deux sièges à chacun des trois plus grands partis et le dernier à la quatrième formation. Cela assure de la stabilité.

Les Verts ont effectivement vécu une progression phénoménale, mais il faut un laps de temps avant de revendiquer une place. Et à la place de qui? Du PLR Ignazio Cassis? Les Verts devront se trouver des alliés pour y parvenir. Cela permettra de voir où se positionnent les Vert’libéraux.

H.H.:

Je pense également qu’il faut attendre le 10 novembre. Tout en étant attaché à la formule magique, j’admets qu’il y a eu une recomposition du paysage politique suisse. Il faut en tenir compte, mais est-ce qu’elle va durer? Il faut prendre le temps de la réflexion. Cela permettra, ces quatre prochaines années, de savoir si ce que l’on veut, c’est une modification de la structure du Conseil fédéral, par exemple avec un collège à neuf. Et cette réflexion-là permettra de voir si la tendance favorable aux Verts va se confirmer. Que fera-t-on si un Vert accède au Conseil fédéral et que les écologistes perdent ensuite du terrain?

L.M.:

Les Verts ont acquis la légitimité d’être représentés au Conseil fédéral, pour prendre leurs responsabilités. Nous avons un poids comparable à celui du PLR au Conseil national, et ce parti a deux sièges au Conseil fédéral alors que nous n’en avons aucun. Il est manifeste qu’il y a une surreprésentation des libéraux-radicaux. Il est indispensable que le rebrassage des équilibres au parlement soit aussi reflété au sein du Conseil fédéral. Depuis soixante ans, le Conseil fédéral n’avait jamais représenté aussi peu d’électrices et d’électeurs qu’aujourd’hui. Et ce n’est pas la première fois que la formule magique serait remise en question.

E.BY

Créé: 31.10.2019, 07h03

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