Un des propriétaires s’engage à «aider les locataires»

Genève : Un des propriétaires s’engage à «aider les locataires» |

Comme les autres commerçants, l’opticien Pascal Capon, dont le magasin est situé au 91, rue de la Servette depuis plus d’un demi-siècle, a été très surpris par cette annonce brutale. «L’architecte nous avait d’abord informés que le bâtiment allait être renforcé afin de pouvoir le surélever de trois étages.» Puis que les façades allaient être rapidement changées et de nouvelles vitrines apposées, en deux jours à peine. Le commerçant pensait que la réunion de mercredi n’était qu’une séance d’information. Aujourd’hui, il déchante.

Propriétaire de l’immeuble des 89 et 91, rue de la Servette, La Foncière a fait savoir jeudi qu’elle allait «aider les 70 habitants à se reloger dans les meilleurs délais. D’abord de manière provisoire et ensuite de façon pérenne.» «Nous irons au-delà de nos obligations légales», précise son porte-parole, Marc Comina. De son côté, l’Association de défense des locataires (Asloca) compte défendre leurs droits. «Nous allons proposer aux propriétaires de signer une convention réglant tous les aspects liés à leur déménagement et à leur relocation», résume Christian Dandrès, avocat à l’Asloca. Jeudi, «tous les ingénieurs travaillant à Genève ont vérifié qu’il ne s’agissait pas de «leur» bâtiment», confie un professionnel. Spécialisé dans les rénovations lourdes, un ingénieur genevois admet qu’une évacuation peut se justifier. «Mais il faut des suspicions sérieuses. Je n’ai jamais vu cela en vingt ans de métier, sauf dans des cas d’incendie ou de grave malfaçon.» Il ajoute que son bureau traite chaque jour des problèmes de carbonatation du béton, voire de corrosion des dalles. «Mais ce cancer du béton se soigne très bien sans qu’on n’évoque l’effondrement d’un immeuble!»

Un de ses collègues se souvient d’avoir fait évacuer un bâtiment dans le quartier de Plainpalais. «Mais il s’agissait d’un immeuble de plus de 100 ans.» Ce professionnel souligne que la statique du bâtiment peut se modifier à la suite de travaux entrepris par les locataires. Ici on place des cales, là on enlève des piliers, là-bas on scie des murs. Des fissures apparaissent. Mais d’autres experts qui connaissant bien ces immeubles flairent l’opération immobilière. «Deux étages peuvent être créés au-dessus de la Migros. Et le 93 peut ensuite s’aligner sur le 91 et le 89», lâche un promoteur. Mais quel intérêt un propriétaire a-t-il de faire décamper un locataire aussi solvable et sérieux que Migros? «Pas grave. On fait venir Lidl ou Aldi et on double le loyer», lâche un pro de l’immobilier. Mais chez Migros, on affiche son attachement à cet endroit, où le supermarché existe depuis 1964. Quoi qu’il en soit, le choc reste rude pour les locataires et les commerçants. Leur délai pour partir? Une dizaine de jours.

Créé: 03.10.2019, 19h08

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